Mes arrières grands-parents étaient les premiers du village et les seuls du quartier à disposer de ce luxueux équipement. Le 8 à St Victor ! Cela leur valait l’intérêt de tout le voisinage.
Une sorte de molette barrait le cadran dépourvu de chiffres. Il fallait l’actionner trois à quatre fois puis attendre. Plus tard, une sonnerie retentissante emplissait le couloir. On décrochait pour entendre, à l’autre bout du fil, une opératrice noter le numéro demandé, estimer le temps d’attente, enregistrer notre confirmation, puis réclamer notre patience avant de « mettre en relation » selon l’expression alors usitée.
Cette vieille horloge nous fait remonter le temps pour découvrir la tante Léonie. Léonie, c’était la sœur cadette de mon arrière-grand-père, la tante préférée de ma grand-mère.
Elle habitait Saint Hilaire de Brens, dans une petite maison, une maison faite à sa taille, étant elle-aussi assez petite. Lorsque maman était enfant, ses parents allaient souvent la visiter le dimanche après-midi. Mais elle était « en champs les chèvres »; il fallait ainsi parcourir la campagne pour la retrouver avec son troupeau de chèvres. C’était une chevrière avertie, qui faisait d’excellentes tommes, qu’elle séchait bien précieusement dans une « panière » puis dans des pots.
Elle détenait l’horloge comtoise familiale, toute poussiéreuse, dans son grenier. Un beau dimanche, elle la donna à ma grand-mère et mon grand-père, qui l’emmenèrent pour décorer l’entrée de leur récente maison de Cessieu. Bien briquée, elle avait fière allure. Et quand les autres tantes de ma grand-mère la virent par hasard, elles furent bien étonnées. « Oh l’horloge de la Grand-Mère ! » s’exclamèrent-elles.
Bref, cela faillit faire polémique …
Mais revenons à cette belle horloge. Elle a cédé son gros ventre pour une caisse plus moderne, réalisée par un ébéniste de Mens (le grand oncle du mari de la sœur de mon grand-père, si vous arrivez à suivre …). Remontée un fois par semaine, elle sonne toujours pour marquer le temps qui passe chez ma grand-mère. (Il faut de temps à autre changer les cordes des poids, mais là, c’est mon papa bricoleur, qui s’en charge !)
Un bel objet qui a ponctué une grande partie de l’histoire familiale !
Saint-Nicolas est particulièrement fêté en Lorraine et en Alsace. L’occasion de nous souvenir que cette partie de France a été le lieu d’affrontements sanglants pour certains de nos aïeuls. Certains n’en sont même jamais rentrés. Ils nous ont néanmoins laissé une tendre et précieuse correspondance. Jetons-y un œil aujourd’hui.
Mon arrière-arrière-grand-père qui écrit à sa fille en 1914.
Une autre de ses missives à sa femme, datée de 1915
Une tendre réponse de mon arrière-grand-mère à son papa. Elle n’est pas datée.
Julienne ne reverra hélas pas son papa, qui mourra au combat en aout 1918, à quelques mois de la fin de la guerre.
Chez mes arrière-grands-parents maternels, les nouvelles arrivaient par le poste de radio. Et devinez sur quelle station il était réglé ? Celle de la radio Suisse ! Car oui, pendant la guerre, Radio-Sottens était une source neutre d’information. Du coup, ma grand-mère a gardé l’habitude d’écouter la météo sur la radio Suisse romande, et ma mère, celle la RTS.
Chers amis, bonjour !
Mais d’autres émissions radiophoniques sont aussi bien ancrées dans les souvenirs familiaux, comme le jeu des mille francs (enfin 100 euros aujourd’hui). Certains se sont même essayés à la sélection des candidats. Il paraitrait qu’un de mes grands oncles aurait fait chapoter l’affaire, lors de la question suivante « Où se trouve la plus grosse cloche du monde ? » en répondant « sur le podium de France Inter » !
Et bien entendu, il y a les journaux papiers, bien prisés de mes aïeuls pour capter les dernières nouvelles. Certains réussissent même à s’y faire croquer !